La Covid-19 consacre les injustices !

A l’avènement de la pandémie de Covid-19, la prise des mesures de confinement, les fermetures des frontières nationales, ont placé sur un d’égalité tous les hommes, des pays riches aux plus pauvres. Pas moyen d’étaler ses richesses matérielles, de se faire soigner ailleurs que dans son pays et dans les hôpitaux que certains fuyaient en temps normal, etc. A-t-on trop vite crié la vengeance des pauvres sur les riches ? C’est la situation à laquelle l’on semble assister au fur et à mesure que la pandémie s’enracine dans le pays. La réalité rappelle au quotidien que les riches tirent bien leur épingle du jeu ; mieux, ils s’enrichissent davantage grâce à la pandémie.

Dans le domaine de l’alimentation, la fermeture des marchés n’empêche pas ces personnes d’accéder normalement à la nourriture. Disposant de moyens conséquents, elles contribuent même au renchérissement des prix des denrées alimentaires en payant à prix d’or certains produits. Ainsi, la viande, le poisson frais ou même fumé, certains condiments deviennent un luxe pour de nombreux ménages qui ne se contentent parfois plus que d’une bouillie légère servie aux enfants, fruit de mille sacrifices de la maman, du papa voire des aînés de la famille. Affaiblies par la faim, certaines familles deviennent la proie facile aux maladies, même les plus vulgaires, qui peuvent les emporter. D’ailleurs, plus encore qu’auparavant, ils fuient les structures sanitaires où même le carnet de consultation doit s’acheter. Il ne serait pas anodin d’établir un lien de causalité entre certains décès survenus à domicile et cette situation de précarité. A contrario, les riches appellent les médecins chez eux pour leur prodiguer des soins car ils ont peur d’attraper la Covid-19 en se rendant à l’hôpital ou de s’y faire confiner en cas de température élevée.

Dans un élan de solidarité nationale, le gouvernement a pris un certain nombre d’engagements sociaux pour atténuer un tant soit peu la situation difficile que traversent les couches défavorisées. Ce que l’on ignore, c’est le dispositif qui sera mis en place pour opérer la distribution par exemple. Des recensements ont été effectués dans certains quartiers de N’Djaména. Cette opération, si l’on n’y prend pas garde, risque d’enrichir ces nantis qui monopolisent l’environnement socioéconomique et politique du pays, à travers des contrats de sous-traitance et/ou de fourniture des denrées. Dans le monde rural, si d’aventure ces produits arrivent, l’on n’espère pas mieux des courtisans politiques qui essaiment les sphères administratives et traditionnelles.

S’il est aussi un domaine où la pandémie de Covid-19 aura consacré les inégalités, c’est l’éducation. Déjà fortement désavantagés en temps normal, les familles pauvres n’ont que leurs yeux pour pleurer le sort de leurs progénitures au regard des différentes gymnastiques en cours pour maintenir les élèves en contact avec l’école. L’initiative des cours à distance, loin de résoudre le problème, accentue au contraire les disparités dans la qualité des enseignements donnés aux jeunes Tchadiens. Comment un élève qui n’a jamais ouvert un livre peut-il convenablement suivre un cours à la radio ou à la télévision ? Un élève en difficulté scolaire a besoin d’être encadré grâce à la présence de l’enseignant qui corrigerait les carences constatées. Les cours à distance ne sont autre chose que des cours de soutien. Or, le soutien doit s’orienter logiquement et en priorité vers les élèves qui éprouvent des difficultés scolaires. Tels que conçus, ces cours ne profitent qu’aux élèves dont les parents disposent d’une certaine assise socioéconomique.

Les penseurs et autres grands décideurs de la planète ont attiré l’attention de la communauté mondiale sur le sort des couches vulnérables d’Afrique. La meilleure prise en compte des besoins de celles-ci ne peut se réaliser qu’à partir d’une politique sociale minutieusement conçue et mise en œuvre par chaque Etat africain. Le challenge chez nous est d’arriver à placer au centre des actions envisagées contre la pandémie, le sort des vrais déshérités pour éviter que ceux-ci ne deviennent un gisement d’enrichissement des plus favorisés !

Nestor Malo