Pandémie du Covid-19 : Gouverner c’est prévoir !

La pandémie du Covid-19 suscite une véritable onde de choc qui s’est propagée dans tous les domaines de notre vie. Elle a rappelé aux décideurs certains de leurs manquements sociaux, moraux, économiques, éthiques, politiques, spirituels, etc. Parmi ces manquements, le devoir d’assurer la sécurité  existentielle aux générations futures à travers les choix politiques et économiques d’aujourd’hui.

Dès l’annonce de l’apparition de la pandémie au Cameroun, ce pays voisin devenu un gilet de sauvetage de la faillite de notre système éducatif, où des milliers de jeunes Tchadiens se sont « réfugiés » à la recherche du savoir, les étudiants tchadiens se sont jetés sur les routes pour chercher « échapper à la maladie », du moins venir « mourir avec la famille » au pays natal. Erreur. La fermeture de toutes les frontières et la mise en quarantaine décidée pour toute personne en provenance des pays infestés, réduisent ceux-ci à une errance dans la brousse, partageant leur quotidien avec « la faim, la soif, la maladie, et même des animaux sauvages » !

Le 2 avril, le Ministre d’Etat, ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, au regard de la menace que représente la mobilité des jeunes, notamment dans le phénomène de l’exode rural, s’est adressé à la jeunesse pour solliciter sa contribution dans la lutte en s’abstenant de l’exode. Durant cette période, de nombreux jeunes qui ont choisi la ville pour y trouver leur pitance quotidienne, se sont mis à amorcer le mouvement inverse de migration en cherchant à regagner leurs villages. Malheureusement, la maladie étant déjà déclarée à N’Djaména, il est à craindre que ce mouvement des jeunes facilite sa propagation dans les campagnes où absolument aucun dispositif n’existe pour la prise en charge de la maladie.

Ces deux cas, pris parmi tant d’autres, interrogent notre politique éducative, celle du développement rural, bref celle sur notre jeunesse. Le Cameroun comme le Tchad ont accédé tous deux à l’indépendance la même année. Certes, le Tchad a connu des moments difficiles de guerres de tous ordres, mettant à mal certaines politiques sociales. Le Cameroun bénéficie des avantages naturels (accès à la mer), mais il a pris conscience de l’intérêt d’investir davantage dans son système éducatif pour impulser le développement. C’est cela qui a attiré les jeunes Tchadiens en quête d’une éducation de meilleure qualité. Malgré la crise du Covid-19, des initiatives de cours (à distance) sont à l’essai dans ce pays pour élèves et étudiants. Qu’en sera-t-il de nos enfants rentrés précipitamment au Tchad ?Quelle alternative à l’exode rural des jeunes au regard du quasi-échec des mandats politiques dédiés au monde rural et aux femmes ? Qu’est-ce qui accompagne l’appel des pouvoirs publics à l’endroit des Tchadiens de se tourner résolument vers la terre, après le constat d’échec des politiques basées sur la rente pétrolière ?

La bourrasque Covid-19 a déstabilisé toutes les économies, y compris les plus solides et les plus perfectionnées de la planète. Néanmoins, elle a le mérite d’instaurer des confinements qui sont des moments indiqués à tous les décideurs, de l’échelle familiale à celle des nations, de s’interroger sur leurs idéologies économiques et politiques. Sont-elles celles dont l’humanité a besoin pour s’assurer une existence digne et décente ? Une question dont la réponse dépendra, peut-être, de la fin du Covid-19 que nous espérons proche grâce à l’observation des consignes de sécurité et de prévention prises par nos autorités.

Au cœur de la crise sanitaire, le CEFOD, lui-même affecté dans ses activités, mais fidèle à sa mission de former et d’informer pour le développement durable, partage avec ses lecteurs et partenaires ce dossier spécial qui amorce la réflexion sur l’impact de COVID-19 sur le Tchad et esquisse quelques pistes de rebondissement. N’oublions pas que toute crise est une opportunité, pourvu qu’on sache en tirer les leçons. L’urgence reste de bâtir une société tchadienne plus inclusive, plus juste, et donc plus résiliente et plus durable. Cela passe par une gouvernance plus prévoyante et plus responsable à tous les niveaux.

Nestor Malo & Ludovic Lado